Rangement Ordinaire

Marianne Berenhaut

Du samedi 24 janvier au samedi 7 mars 2015
Du jeudi au samedi de 14 h à 18 h et sur rendez-vous.
Photographe : Nicolas Leroy Assistant : Ludovic Jaunatre

Les œuvres de Marianne Berenhaut se présentent au premier abord comme des sculptures énigmatiques. Le travail visuel des volumes est conçu comme une structure nomade, à la fois dans l’espace et dans l’interprétation. Lorsque l’intitulé de l’œuvre intervient dans la lecture de cette dernière, s’ouvre à sa relecture un champ nouveau des possibles, empli de doutes et de poésie, associations d’idées, combinaisons d’objets, de formes, de couleurs, mis en relation dans une composition spatiale étudiée.

Marianne Berenhaut fait de la récupération du matériel du quotidien la substance première de sa création. Décelant leurs potentiels narratifs, l’artiste amasse ces objets récupérés, les affecte et les réactualise dans un nouveau système commun élaboré par leur mise en scène dans l’espace d’exposition. Ainsi agencés, les objets peuvent être envisagés un à un comme des entiers, tout comme être considérés en interrelation dans une unité. L’œuvre se constitue en interface, à la limite du figuratif, entre structure plastique et représentation mentale. Charmant jeux de l’esprit que l’humour des liens à tisser, que de philosopher à partir d’objets las d’avoir tant trimé, ainsi métamorphosés en raviveurs de mémoire, en fins déclencheurs d’une émotion intérieure.

Telle une alchimiste, Marianne Berenhaut transforme l’objet en présence sensible, en activateur d’un contenu abstrait. Un regard, un geste précis, amène au juste rapport des objets dans l’espace et laisse apparaître une installation épurée de toute fioriture anecdotique. La plasticienne confère à ces entités non seulement un caractère abstrait mais les déplace également dans leur finitude, confiant des propriétés intellectuelles à d’obsolètes utilitaires des Hommes. L’artiste fait un tour de force en n’enfermant pas le sens de ses sculptures dans un postulat détenu exclusivement par elle-même, ce qui l’intéresse c’est la rencontre du visiteur avec la sculpture, avec une partie de lui même, sous forme de réminiscences, de réflexions, déployant des théories sur le sens même d’une œuvre, laquelle apparaît alors sous le jour d’une ingénieuse machine à penser.

Affranchis de leurs conditions d’accessoires, les éléments des sculptures se voient replacés à la base même de l’incantation de la pensée par la matière. Ils incarnent les acteurs d’une pièce de théâtre, tragédie grecque, répétant inlassablement les mythes aux visages multiples, réceptacles et miroirs de l’existence humaine. Le spectateur manie la sculpture par la projection dans un acte créateur continu à celui de l’artiste.

La démarche artistique de la plasticienne porte en elle la métaphore de la création artistique, mettant en exergue l’échange intime qui a lieu entre l’œuvre et son récepteur. Libre au visiteur de rentrer dans une méditation intérieure ou de faire, avec tout autant de profondeur, l’expérience esthétique du saisissant agencement de la sculpture dans l’espace d’exposition.

Marianne Berenhaut, née en 1934, vit et travaille à Bruxelles et Londres.

Anna Ozanne pour Les Drapiers, janvier 2015.

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Photographe : Nicolas Leroy Assistant : Ludovic Jaunatre