L’envers du décor

Vernissage le 4 juillet 2015 dès 16h

Les expositions présentées dans les espaces intérieurs sont programmées jusqu’au dimanche 27 septembre.

horaires:

Expositions accessibles du mardi au dimanche de 14h30 à 18h00 en juillet et août, et du vendredi au dimanche aux mêmes heures en septembre.

Les installations extérieures sont, elles, accessibles en permanence.

Entrée libre

SITE DE MONTAUBAN-BUZENOL

Rue de Montauban – 6743 BUZENOL (ETALLE)

Coordonnées gps du site de Montauban-Buzenol: Long. 5° 35′ 27 » E – Lat. 49° 37′ 54 » N

Numéro de téléphone du CACLB: +32 (0)63 22 99 85

Site Internet: www.caclb.be

E-mail: info@caclb.be

 

Le site de Montauban, revêtu des parures de l’été, accueille l’exposition L’envers du décor, sous le commissariat de Denise Biernaux et la galerie Les Drapiers, invités par le CACLB. Le rapport particulier du lieu entre la nature et la culture se pose en point de jonction de la réunion des œuvres qui tisse des liens avec ce nouvel environnement.

Le site devient le théâtre de déploiement de sens autour du titre de l’exposition : L’envers du décor. Se déplie alors une série de sujets portés par les œuvres : la chose qu’on ne perçoit pas au premier abord, ce qui est contraire aux représentations communes, ce qui se cache derrière l’évidence trop vite énoncée, les aspects cachés d’une vérité, méandres du tissu social, ressorts véritables d’une situation. L’exposition déstabilise nos interprétations sémantiques constituant le monde. Le projet curatorial réunit différentes démarches artistiques dont les productions se prêtent à la malléabilité des points de vue, à la multiplication des lectures. Par l’intervention in situ de Nicolas Kozakis, les murs en ruine de l’ancienne forge s’ornent d’un réseau scintillant de métal, réveil d’un faste perdu ou réinvestissement d’une architecture par le sculptural. En écho aux ruines industrielles, son film « Qu’en est-il de notre vie ? », interroge notre rapport au travail dans l’existence. Par un travail des étoffes, Caroline Fainke mêle « l’envers » à la finesse précieuse des matériaux textiles de la face endroit, comme on relativise une échelle de valeurs, faisant apparaître les deux constituants d’un tout sur une même surface. Les trophées de chasse de Caroline Andrin invoquent la forêt entourant l’exposition, se donnent au regard comme des figures énigmatiques, entre apparence et véritable nature du matériau qui la constitue. Une trace vidéo de la performance de Tatiana Bohm en Léopold, bonobo écorché, le sauvage déjouant ce qui arrête le naturel et le culturel et interrogeant l’Histoire. Billie Mertens et ses alter ego Miel Silbernet et Niels Bertleim investissent le bureau des forges de deux installations de gravures : des papiers peints aux fines fleurs fânées et étranges figures masquant les murs de la maison, une série d’images autour de l’être et du paraître. Le projet de Nicolas Clément, en collaboration avec Barbara Massart, est un documentaire expérimental, travaillant la matérialité même de la pellicule en même temps qu’il investit les bois d’un imaginaire avec le personnage de Barbara et ses créations textiles. S’articulent les productions de plasticiens, dont le travail trouve écho dans cette dichotomie de l’endroit et de l’envers, de ce qui est porté immédiatement au regard et ce qui est à questionner au-delà des apparences, de ces deux versants qui constituent toute chose. La galerie d’art contemporain Les Drapiers, avec son accent propre sur les arts textiles, réinterroge ici le rapport du culturel au naturel, ouvrant un espace entre les disciplines plastiques.

Avec les oeuvres de Caroline Andrin / Tatiana Bohm / Nicolas Clément & Barbara Massart / Caroline Fainke / Billie Mertens & Miel Silbernet/ Nicolas Kozakis.

 

Anna Ozanne
Sous le commissariat de Denise Biernaux

En images

 

 

Nicolas Kozakis

Nicolas Kozakis -sans titre- feuille d’aluminium – jointoyage sur mur de pierre – dimensions variables – 2015 – copyright Les Drapiers.

Tatiana Bohm

Tatiana Bohm – « Léopold », action n°2 – 2015 – photo : Matthias Förster et Olivier Praet

 

Nicolas Clément & Barbara Massart

Nicolas Clément & Barbara Massart. Sans-titre, photographie de la série Barbara dans les bois, 2013. © Nicolas Clément

Caroline Fainke

Caroline Fainke. « Conchita / Reversible » – Tapisserie – 2014 – 190×140 cm. Photo : Les Drapiers.

Caroline Andrin

Caroline Andrin. « Skin Game », détail de la série Métamorphoses, argile au manganèse coulée dans des gants en cuir – 2014 – 21 x 16 x 22 cm. Photo: David Marlé

Billie Mertens & Miel Silbernet

Billie Mertens & Miel Silbernet. « Murs Mûrs » détail d’installation, bois, papier, gravure – 2015 – 78 x 80 x 45 cm. Photo : Niels Bertleim.

Caroline Andrin

Espace René Greisch (1e étage)

Des figures étranges, en série ou indépendantes, aux allures animales, ornent le mur, invoquant le monde des bois qui entoure l’espace d’exposition. La terre, prélevée dans la forêt des Ardennes est sublimée par un procédé alchimique de transformation, la technique de la céramique. De la même manière que la peau refroidie de l’animal est travaillée et anoblie en cuir, elle est réutilisée, pour ses propriétés d’absorption avec la terre pour donner forme à une réminiscence de la nature. La matière prend alors l’apparence de ceux qu’elle nourrit, le gibier ou « skin game” dont la peau, justement, semble affleurer à la surface des céramiques, empreinte sensible des corps. Nos sens se prennent au jeu déroutant de définir la réalité des œuvres d’après leur aspect physique. Leur évocation formelle d’une présence et la texture apparente renvoie à une créature textile, sensible. Trophées de chasses suspendus aux murs de fastes demeures, collecte triomphante des gants égarés, ornement protecteur de la main, dans les sentiers et villes par la céramiste, partie à la chasse, discrète là où les humains vivent. Issues d’un même moule retravaillé pour la série, les céramiques de Caroline Andrin s’apparentent à des métamorphoses perpétuelles d’une même forme jusqu’à détérioration de ses possibilités d’incarnation et détérioration du cuir. L’artiste découd, coupe, coud, recoud, recoupe le gant, pratique de taxidermiste, conservation de l’empreinte de l’envers des dépouilles vestimentaires. Se déploient devant nous quelques subtils retournements, dont le procédé du moulage implique de sortir la forme de l’envers, l’envers du gant apparaît, le cuir retourne à l’état animal, envers d’une représentation.

Anna Ozanne

C.Andrin

Tatiana Bohm

Espace René Greisch (1e étage)

Une silhouette s’avance dans l’obscurité végétale. La figure d’un bonobo écorché nommé Leopold prend place face à nous. Une vidéo, seule trace de ses actions, instant furtif, voué à l’éphémère, est présentée ici. S’articulant en différents chapitres, les jeux auxquels Leopold s’adonne prennent vie sous forme de performances. Léopold tente d’entendre l’appel à la nature qui se fait retentir, pour un retour à l’état « sauvage ». Enlevant son masque de roi déchu, laissant tomber son costume qu’on lui imposé, Leopold, dépossédé, souhaite retrouver un état primitif des premiers instants. Cherchant à tâter le terrain qui se trouve en face de lui, creusant dans le peu de racine qui nous reste. Les tambours résonnent jusqu’au fond de nos entrailles. Personnage rejouant les tensions et les souffrances de l’Autre, représentation maîtrisée, érigée à travers l’Histoire, histoire coloniale de la Belgique, récit de l’évolution de l’homme depuis notre état primitif à l’élévation par la culture. Vacillement entre ré-interprétation et décodage de ses découvertes, face au monde qui l’entoure, celui de l’Homme. Tel un miroir, reflets des facettes de l’humanité, Leopold tente de déjouer les symboles et les systèmes de valeurs qui bâtissent le savoir de soi, le regard occidental sur le monde. Il interroge l’identité profonde de l’Homme. Dans l’espace aseptisé du musée, haut lieu de conservation et de sanctification de la Culture, Léopold s’infiltre en réel mettant en danger les réalités construites, ébranlant alors l’ordre établi des choses.

Anna Ozanne

T.Bohm

Caroline Fainke

Espace René Greisch (1e étage)

L’« envers », terme technique en textile, implique une révélation par le retournement. C’est précisément en déclinant ce mouvement au propre et au figuré que l’artiste explore les possibilités du sens et de la visibilité de l’envers. La plasticienne confronte l’envers à l’endroit, par déplacements physiques des surfaces, travail de l’envers comme matière et comme motif figuratif, interrogeant la présence de l’envers et sa représentation. L’envers et l’endroit se mêlent physiquement pour ne former qu’un monde, riche et épais enchevêtrement de matières et de significations. Ce renversement rétablit alors les jugements de valeur, le bon et le mauvais côté, trace honteuse des magnifiques scènes qu’il compose, à jamais liés. Ces deux notions se déplacent et problématisent un discours social, par le biais du matériau textile, tapisseries, vêtements, tapis, chiffons ménagers habituellement dissimulés, objets et matières porteuses de valeurs et d’usages. Sans visées moralisatrices, il s’agit de mettre à mal l’échelle de valeurs qui induit la manière de construire et de penser le monde. La part non noble de toute chose, les acteurs en marge de la société, les ressorts des apparences immaculées et parfaites sont mis en exergue dans une tension binaire allégorique et formelle. À la douceur et la noblesse du satin se mêlent la rudesse et la pauvreté d’une serpillière, au raffinement de la dentelle se confondent les chiffons sales pour former une robe, à la surface d’une précieuse tapisserie murale apparaît une employée de maison, autre part des balayeurs de rues, un tapis se constitue d’envers et d’endroit par découpage et déplacement. La tension entre les deux faces s’empare du procédé même de réalisation des tapisseries, réalisées ici par commande industrielle.

Anna Ozanne

C.Fainke

Barbara Massart & Nicolas Clément

Espace René Greisch (2e étage)

De sa rencontre avec l’artiste Barbara Massart (la « S » Grand Atelier), Nicolas Clément fait naître un documentaire expérimental (production AJC!, projet Argentique) autour du personnage de Barbara et de ses créations textiles. le photographe et la plasticienne explorent la nature, entreprennent un cheminement à travers bois, lieu nourrissant les récits personnels de la jeune femme. Chacun éprouvant sa place dans l’échange, les bases d’un langage commun s’établissent. Un lieu teinté de mystère, entre fiction et réalité se forme. Les deux dimensions s’insinuent dans tous les aspects de la création audiovisuelle : du jeu face à la caméra, de la mise en récit de cette pérégrination au traitement même des images, en passant la mise en abîme de la technique même du cinéma. Tourné sur deux supports (pellicule argentique et vidéo), le film subit un montage impulsif, éprouvant l’épaisseur visuelle et sonore de ses images. La technique du collage agit comme déclencheur narratif. La superposition et l’enchaînement instaurent des liens immédiats dans l’imaginaire. Le photographe alterne la mise en visibilité du matériau cinématographique, la surface matérielle du film et séquence où elle disparaît, lieu évanescent, laissant la puissance de l’histoire prendre le dessus. Une bobine de laine tournée par l’actrice redouble le mouvement de celle de la caméra, le film commence. Barbara éprouve son image, lui échappe, la construit avec ses costumes, en confectionne d’autres pour se muer en double magique, pour raconter l’autre Barbara dans la nature sereine, mystique. De cette mise en récit, reste les parures, écorces magiques également exposées aux côtés du film, mais aussi une porte ouverte entre le fictif et la forêt visible depuis l’espace d’exposition.

Anna Ozanne

Barbara dans les bois (2015), 18:30 min, couleur et noir et blanc, son. Production Ajc !

BDLB_06

Nicolas Kozakis

Site de Montauban (Buzenol-Etalle)

L’ancienne forge de Montauban revêt l’intervention de Nicolas Kozakis. Les jointures des vielles pierres des murs se parent d’un «filet» de papier d’aluminium. Sous cette minutieuse ornementation s’élabore une mise en relique de ce patrimoine de l’industrie par ce matériau de conservation populaire, marque d’une consommation et d’une production de masse, papier argenté faisant écho par opposition à la richesse des métaux de la fonderie. Détournée, l’enveloppe d’aluminium de la forge est transformée en un précieux liant, élevant sa valeur symbolique et sa force incantatoire. Cette préservation métaphorique ne signale pas seulement les restes d’une altération physique, mais rétablit les liens entre la bâtisse et son usage passé, réveille la mémoire du site par un déplacement de la représentation. Ce faisant, l’emballement par la délicate dentelle opère un glissement de la compréhension de la ruine comme architecture résiduelle vers un état sculptural. L’acte artiste résonne sur les murs comme une répétition altérée de l’espace et de sa fonction. La structure schématique de l’ossature d’aluminium prend les traits d’un dessin, appréhension intellectuelle, présence plus abstraite que matérielle, par la mise en évidence du nécessaire. Apparaît alors une forme achevée au lieu d’un reste abîmé d’une élaboration humaine. Ouverture des possibles, augmentation d’une présence, la perception change et différentes expériences du décor coexistent au travers de cette action de surlignage. Le film « Qu’en est-il de notre vie ?  » de l’artiste interroge notre rapport à l’essentiel dans l’existence, à l’être et à l’avoir, dans la lenteur et la simplicité des images. Ces plans photographiques noirs et blancs sont redoublés par l’analyse du philosophe Raoul Vaneigem. Il pose les questions du monde à venir pour livrer, tel un revers des apparences, une réflexion sur l’exploitation de l’homme au travail.

Anna Ozanne

Légende de la vidéo en projection dans l’espace René Greisch :
Nicolas Kozakis/Raoul Vaneigem
Qu’en est-il de notre vie ?
Vidéo digitale – 5,12′ – 2014

 

installation en extérieur sur le site – ruine des anciennes forges
-Sans titre-
Feuille d’aluminium – jointoyage sur mur de pierre Dimension variable – 2015 – copyright Les Drapiers

N.Kozakis

Billie Mertens

Miel Silbernet & Niels Bertleim Bureau des anciennes forges (site bas)

Billie Mertens et ses alter ego Miel Silbernet et Niels Bertleim déploient deux séries de gravures dans les pièces de la maison. Au rez-de-chaussée, une collection d’images déplace nos repères dans un territoire où éléments-types de récits, morceaux d’imaginaire côtoient nos représentations. Les allégories énigmatiques fonctionnent tel un rébus, une image en appelle une autre. Soubresauts du net au flou, passages par l’envers, il s’agit de contourner l’aspect habituel des choses, puiser dans les possibilités du figuratif pour imager des bouts de schèmes autour de la notion d’individu. S’articule un monde dans lequel la notion d’illusion est récurrente. L’installation spatialise le doute, l’inachèvement de l’interprétation pour favoriser une interprétation individuelle de sens.

À l’étage, des papiers peints dissimulent les murs, une installation déséquilibre la structure de la charpente. Jusqu’au presque effacement du dessin de la plaque sous le poids de la presse, l’artiste détourne le principe de sérialité de la gravure, interroge la technique de reproductibilité. Le motif floral, sujet par excellence des papiers muraux, ici traité comme un dessin d’observation, devient motif par sa multiplication puis rebascule vers la nature. Les fleurs fanées semblent avoir été mises en état de conservation in extremis par le geste de représentation. De cette métamorphose, reste une forme résiduelle du vivant. La nature, base et souci de la culture, se dérobe à chaque tentative de maîtrise. L’essence fleurie se meurt, subtile absence sous les motifs, à laquelle se mêlent des représentations de masques, présences vives, brutes, transpirantes depuis les murs, redoublement allégorique de la dissimulation opérée, mais aussi doute d’une présence impénétrable dans l’espace privé de la maison. Le grenier est envahi, son utilisation en tant que rangement d’éléments est redoublée.

Anna Ozanne

B.Mertens

Discours d'inauguration

Vernissage de l’exposition « L’Envers du décor », 4 juillet 2015

L’envers du décor !

 

C’est un titre qui éveille la curiosité. Parce que oui, on aime à voir, à découvrir ce qu’il y a derrière, ce qui fait naître la réalité que l’on perçoit ou que l’on croit percevoir.

Ce qui justifie ou ce qui cache, ce qui motive ou dissimule, ce qui fait sortir des sentiers battus… Denise, Denise Biernaux est venue nous rendre visite, elle est venue habiter chez nous, pour nous montrer cet envers, on l’a invitée à entrer pour qu’elle éveille notre curiosité, qu’elle nous montre ce à quoi on n’avait pas pensé. Nous on a juste organisé quelques conteneurs, comme pour jouer… et elle, elle nous les a habillés de l’intérieur, puis elle s’est intéressée au petit bâtiment voisin, puis à ces vieux murs, à ces vielles pierres là-bas…

En entrant, comme chez soi, un écran s’allume qui nous parle de nous, de notre absurdité, de nos contradictions, Nicolas Kozakis nous montre la beauté, la simplicité, l’élégance et, tout en regardant, nous pouvons lire ce que nous en faisons. Quel étonnant contraste… un peu comme Eve au paradis, dans cette histoire millénaire, peut-être qu’en ne faisant rien on aurait pu rester simplement bien. Mais c’est plus fort que lui, l’homme doit détruire, mettre de l’argent partout et pervertir la simplicité. Le constat est dur il nous faut aller voir plus loin, plus haut, l’étage est habité par Caroline Fainke, Caroline Andrin, et Tatiana Bohm.

Caroline Fainke tapisse notre vision, se jouant de l’envers à l’endroit et de l’endroit à l’envers, elle va chercher dans la fibre textile la matière de ses histoires, tantôt en contraste, tantôt en déclamation, toujours en dialogue, elle fait naître les réactions à partir d’images ordinaires, de situations plausibles, réelles dont la fibre adoucit la dureté pour mieux nous faire comprendre que l’innocence est factice et que le quotidien des autres est plus difficile que l’on ne le croit. Ses enveloppes non adressées sonnent le glas d’une société devenue folle ou l’accueil de l’autre se transforme en rejet, sauf quand il est utile à faire ce que l’on refuse soi-même.

Caroline Andrin nous renvoie à nos trophées, sans rien détruire, sans rien tuer, ses céramiques sont pacifistes, moulées dans le tissu elle habille nos cloisons d’une vie animale sans avoir même touché une arme, elle façonne « façon » cuir, tellement bien que la main ose la caresse. Elle installe la sympathie pour que l’on renonce à la chasse, conquis par cette beauté et par la gentillesse, envers réel du caractère sauvage, qui n’est qu’une défense.

Tatiana Bohm quant à elle a terrassé l’animal pour en cueillir la douceur et la restituer, elle stigmatise nos contradictions en diabolisant le sacré, en déroulant la couronne d’épines pour nous en châtier. Son Léopold réveille le primitif, se révèle au fond, et ranime nos interrogations fondamentales : qui sommes-nous, d’où venons-nous et où allons-nous ? Sommes-nous ange ou bête ? Ou bien, comme Pascal le disait, sans être ni l’un ni l’autre quand on veut faire l’ange, ne fait-on la bête ?

Quand on s’élève encore le deuxième étage nous offre une complicité, naturelle Barbara Massart s’est habillée de restes, de tout, de rien et Nicolas Clément l’a mise en scène, pour que vive ou que revive l’illusion. La réalité de l’envers est ici bien plus colorée, beaucoup plus vivante et elle s’affranchit des codes de bonnes conduites pour rappeler que la fantaisie est une façon de dérider la réalité et de sortir d’une sinistre ambiance que Nicolas Kozakis a rappelée.

Lui-même en est sorti pour donner à nos ruines une nouvelle vie, une version ludique, rappelant la chaleur, l’utilité, la vie que connurent ces murs. Signifiant le métal qui fit résonner la vallée et que le tintement des clochettes de Daniel Nadaud, tout là-haut, a été cueillir à travers les siècles. Tout en finesse et il rappelle le murmure lointain du travail qui s’est joué ici.

Tandis que le bureau des forges qui régit cette activité autrefois s’est habillé lui des papiers de Billie Mertens, ou de Miel Silbernet ou de Niels Bertleim… pourquoi un seul nom après tout quand tous les possibles le sont vraiment. Quand la pointe sèche de Billie sait créer l’ambiance qu’elle désire, installer l’esprit ou le mystère,reproduire la nature à l’envi et donner aux tréteaux bien plus d’utilités éphémères. On s’en tapisserait volontiers de ces images, de ces illustrations, de cette vie captée à l’extérieur pour habiller l’intérieur.

Une saison qui s’ouvre en surprise, sur cette réalité de l’envers voulue par Denise qui a voulu ouvrir nos yeux à d’autres possibles. Bravo à tous et merci pour ces promenades insolites…

Benoît Piedboeuf, Président du CACLB

11665629_1028929683806352_7807005081856020679_n

Presse

_m8pUWRXFAqeaJwh6McY7rIpx9Et8Vik049GTo9ybK1JVlWNrfcIMD7jShB7MqMtd2OsBwpjnMiL3qpYBYIt7jtdtHn8RMD0TVh0Oej__u3jBmoANsiSrWxRN17DX3AmPTQ7mL3UvoiDos8Wq8rbsUo2TNHrf_CH-H-XhOz9xDHT5HQ7QHm608lC_xEBvBCjXPnybt-IBuSX7-YzkByFlPhL7XT